Le séminaire de la bibliothèque 2013 « Portes d’entrée de la psychanalyse »
Jeudi 18 avril à 21h15, 1, rue Huysmans 75006 Paris
La psychanalyse en France : un début difficile
Avec Laure de Bortoli et la commission de la bibliothèque
« Il faudrait pouvoir parler avec les Français », écrit Eitingon à Freud à l’automne 1922, lui relatant la situation de la psychanalyse en France. L’année précédente, Freud lui disait : « À Paris, saluez de ma part uniquement les diables de Notre-Dame et le Louvre. Autrement, pour moi, cette ville est morte. » Qu’on juge ici de la difficulté des débuts de la psychanalyse en France !
La langue étrangère, la forte personnalité de Charcot, l’influence de Janet, la guerre, le « génie latin » invoqué par les nationalistes, tout ce « narcissisme des petites différences » contribue sans doute à expliquer de solides résistances à la psychanalyse. Et pourtant, celle-ci fraya son chemin, depuis les timides percées en 1912, dues à deux médecins, le Dr Morichau-Beauchant, professeur à Poitiers, et le Dr Hesnard, médecin militaire, jusqu’à l’arrivée de deux femmes indépendantes, non médecins, l’une émigrée polonaise, juive et disciple de Freud, Eugénie Sokolnicka, l’autre, Princesse de Grèce, polyglotte, conquise à la Cause depuis sa rencontre avec Freud, son analyste, Marie Bonaparte.
Le scandale de toujours, c’est la libido, et l’on voudrait bien cantonner la cure analytique à une thérapeutique relevant d’une psychologie à la française, réservée aux seuls médecins. Ces méandres du début, toujours enseignants au regard des débats de ces dernières années, permettent aussi de saisir toute la force du « retour à Freud » que promut Lacan, et qui, plus encore qu’un « retour », permit la véritable entrée de la psychanalyse en France.